Manuscrit blues ou revivre l'accouchement.

L'expérience troublante de la "déprime post édition". Comment, pourquoi et explication de ce phénomène étrange dont peu d'écrivains osent parler !


Ça y est le livre est publié !

Je pensais être arrivée à bon port, avoir touché au but après tant de semaines, mois, années de travail. J’avais prévu un repos, pour repartir sur le nouveau projet.


Hélas, c’était sans compter sur « le manuscrit blues ».


De quoi parle-t-elle ?


Pour les lectrices – qui ont eu la joie d’enfanter – c’est ce moment particulier, ou les hormones de la grossesse s’effondrent et que l’on a envie de pleurer toutes les larmes de son corps !

Pour les lecteurs - qui ont le plaisir d’être père - c’est ce moment inexplicable, lorsque le nouveau papa ne sait comment réconforter sa partenaire, dont l’univers semble s’être écroulé, alors que, selon toute logique, elle devrait nager dans le bonheur.

Pour celles et ceux qui ne connaissent – peut-être – pas encore les joies de la parentalité, prenez contact avec de jeunes-parents : ils adorent raconter ce moment, après celui de l’accouchement.



C’est ainsi que j’ai renoué avec les joies de l’enfantement 19 ans après.


Tout avait pourtant bien commencé. Mon chéri, qui me soutient pour l’arrivée devant l’ordinateur afin d’éditer le manuscrit, tout beau et pomponné, après une Thalasso très réussie chez son correcteur.

J’avais préparé tout ce qui est important pour ce moment. Le café, le chocolat, l’eau plate, le ventilateur (je vous rappelle que j’habite dans le sud !) et beaucoup de patience.


Tout s’est magnifiquement bien passé ! Même sans péridurale, le livre a été édité en format électronique et broché, après une journée d’efforts et sans (trop) de souffrances.


Mon chéri et moi avions les larmes aux yeux. J’avais publié mon premier roman !



Un détour par les réseaux sociaux pour annoncer la bonne nouvelle, un dernier verre « pour fêter ça », et une nuit de sommeil réparateur.

Le lendemain une sensation étrange de creux à l’estomac, qui s’accentue au cours de la journée. Aucune envie de faire quoi que ce soit. Un vide intérieur, un nœud au sternum et une baisse de moral, accentuée par la visite de mon vieil ami, dont je parle dans l’article

précédent, le doute.

Le lendemain, les symptômes s’intensifient. Je suis de plus en plus mal. Cerise sur le gâteau : Les premières ventes, et les félicitations des amis affluent ! J’ai de plus en plus envie de pleurer.


Deux jours après, n’en pouvant plus, de retenir ce chagrin inexplicable, je m’écroule en sanglots, devant mon chéri et mes enfants totalement abasourdis.

La baisse des hormones de la création avaient accompli leur œuvre : J’expérimentais le manuscrit blues.


La fin de quelque chose et le début de l’inconnu.


Même processus que le baby blues. Pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, l’auteur vit en parfaite fusion avec son histoire. Il l’emporte partout avec lui. Il est centré autour de cette création, qui est vivante en lui. Le mot « fin » est un accomplissement, mais il reste d’autre étapes, donc il ne lâche pas son ouvrage encore.

La publication c’est le début de la liberté de l’œuvre.


D’ autres personnes vont se l’accaparer, elle va exister aux yeux du monde, par elle-même. Le discours de l’auteur qui la sublimait et n’en racontait que ce qu’il avait envie d’en dire, s’achève. Désormais ce sont d’autres qui en parlerons, et le créateur n’en sera plus l’unique référent.

Dans cette transformation, l’œuvre devient autonome et s’offre à la critique. D’ acteur, le créateur devient spectateur.


Alors que tous s’attendent à ce qu’il ait un sentiment de plénitude et d’accomplissement, il reste vide, et à la fois ressent une responsabilité immense envers cette œuvre qui reste seule face au monde.


Souvent l’auteur, l’artiste, dont la sensibilité a été mise à rude épreuve, se met à culpabiliser devant les premiers retours. Les louanges le mettent mal à l’aise, les critiques démolissent le peu de confiance en soi, qu’il essaye de retrouver par la raison.

Cette phase à vide est souvent expérimentée lors de la « première fois ». On est alors confronté à une réalité différente de l’imaginaire collectif véhiculé.

« Tu dois être tellement fière » « Enfin, tu es un écrivain » « Bientôt chez Ruquier »



Au sentiment de vide s’ajoute alors celui qu’on n’a pas donné suffisamment.

Comme le baby blues, celui de la création s’estompe en quelques heures, jours (sinon ne pas hésiter à consulter !), mais parait tellement étrange, car peu documenté.


Pour ma part, j’ai la chance d’être soutenue par ma merveilleuse famille et des amis plus que bienveillants. Une communauté de coréalisateurs aussi, qui dédramatisent beaucoup les événements grâce à leur humour et expérience.

Et puis, je me suis remise à créer. J’ai commencé le second ouvrage, dans un genre différent.


Celui-ci sera-t-il générateur de « manuscrit blues » ? Rendez-vous en décembre, date probable de parution, pour la réponse !

A très bientôt pour une nouvelle aventure de Nath au pays des romanciers.




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