Mon compagnon le doute !

Aujourd’hui lorsque j’écris, il est penché sur mon épaule.

« En es-tu bien certaine ? » « Pourquoi ton personnage fait cette action ? Est-ce bien crédible ? »

Ce vieil ami, qui m’accompagne depuis tellement d’années, est tout heureux de mon virage « artistique ».

Il a été malmené par les années, lorsqu’après chaque patient, le paiement de la séance de consultation, et le rendez-vous reprit (gage de satisfaction), j’arrivais à lui imposer silence. J’étais légitime !

Désormais, il a investi mon bureau, mon ordinateur, mon espace de vie, mon cercle d’amis… Sans aucune gêne, il se prélasse devant moi.

Il arbore son air goguenard, son petit sourire en coin. De tout petit, il est redevenu grand. Il a décidé de refaire la déco de ma vie. Il m’a demandé les clés et j’ai accepté de les lui donner.

Pourquoi le laisser faire ? Parce que lorsque je crée, il est indispensable. Sans lui, rien n’existe. Il est là pour pousser le créateur à aller plus loin, ne pas tomber dans la mégalomanie.

Dans mon précédent métier, j’avais la supervision, qui empêche les psys de sombrer dans le pouvoir, de se sentir herculéens. Le rempart contre le syndrome de superman.

Sans doute, j’écrirai une fois.

Une seule fois, car jamais je n’irai plus loin. Pourquoi mettre par écrit puisque le monde est certain ? Le doute me sert à réfléchir et à travailler, pour me rassurer, ne pas céder à la facilité.

Il est là, fidèle au rendez-vous pendant la construction du projet. Il tourne lui-même la cuillère dans le thé ou le café du matin, lorsque les idées viennent. Il s’assoit à mon côté, et commence sa chanson, sitôt le premier mot posé sur l’écran.

Le doute comme compagnon de mes journées l’est également de mes relations.

« Et que fais-tu dans la vie ? » « J’écris. » « Tu es publiée ? » « Je m’autopublie » - le doute lève le sourcil et commence à déplier sa haute silhouette… Il se prépare à entrer en scène !

« Tu vends ? » « C’est un premier roman… » Il jubile, il sent que la prochaine remarque va achever de le rendre palpable. « Ah oui ! Tu sais tellement de gens encombrent Internet, par ces trucs-là ! Même ma voisine écrit, et elle est publiée ! Je te passerai son livre, tu verras la différence comme ça. »

J’écoute d’une oreille distraite, je suis trop occupée à regarder le doute danser. Il exulte et tourne autour de moi en chantant à tue-tête.

J’essaye de résister, même si c’est inutile, il a déjà gagné.

« L’auto-édition est un choix, je ne crois pas aux miracles. Les maisons d’édition ce n’est pas pour moi… »

« Ma voisine a bien réussie elle ! »

Le doute se jette par terre de bonheur, il a un orgasme… Alors je me rends et lui tends les bras. Il se lève et savoure sa victoire en m’enveloppant de son regard conquérant. Tout doucement, il m’enlace, il m’enserre. Je ne lui oppose aucune résistance et me dissous en lui…

Alors j’entre dans mon bureau, et rature, efface, ré-écrit. Campé dans mon dos, il pose ses mains sur mes épaules et susurre à mon oreille : « Je ne te quitterai jamais, ma douce, sois inquiète… Toi et moi nous sommes unis, pour le pire et le pire… »

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