Transcrire une émotion.

Encore un exercice d'écriture, tiré des masterclass.

Il s'agit cette fois de dé-contextualiser une émotion. Nous sommes souvent traversés par des émotions, positives ou négatives. La tendance naturelle est de raconter la scène, telle quelle. Souvent on essaye de lui apporter un éclairage stylistique - humoristique, sombre, quelquefois avec une morale.

Cet exercice demande de lui donner une autre forme, dans un environnement différent, au cœur d'une scène n'ayant rien à voir avec l'émotion première.

J'ai choisi la faim et la frustration de ne pouvoir manger. (Je pense que je devais être au régime à l'époque)


Dimanche matin, je suis en pyjama, il pleut. Le temps idéal pour visionner une leçon d’écriture et me glisser délicieusement dans l’exercice demandé.

Avant, je vais aller à la cuisine, et me faire griller quelques tartines. Avec du beurre et la confiture de citrons que je mangeais l’été dernier en Provence. Et puis une tasse de café avec du lait, bien mousseux, le latte de Venise, qui faisait tant de bien, après des heures de marche perdue dans les ruelles.

Il n’y a plus de pain ! Pourquoi ? J’en ai racheté hier, pourtant. Je m’en souviens bien puisque j’ai passé 2 heures dans ce supermarché pouilleux à chercher ce mélange de grains précis. Je fouille dans le placard, rien.

Ah oui, c’est Lionel qui a rangé les courses, c’est peut-être dans le garage, au bout du jardin. Sous cette pluie battante, je vais devoir m’équiper.

« Lionel ! tu as rangé le pain dans le garage ? »

« Oui, je crois »

J’enfile un pull, des chaussettes, une cape de pluie et mes vieux sabots. Je cours et manque de tomber. La porte a gondolé, elle ne veut pas s’ouvrir. Je la secoue pour la forcer. La branche du marronnier que je dois couper depuis un moment déjà me déverse, sur la tête, l’eau qu’elle retient depuis longtemps. Je suis trempée, et pars à la renverse lorsque la porte cède.

J’enjambe le fatras datant du dernier déménagement, et je me plante devant l’armoire aux provisions. Conserves, pots en tout genre, confiture de fraise ratée de ma tante, bocaux de fruits ramenés de la Drôme où je ne mettrais plus les pieds, tant ma belle-famille fût désagréable, l’année précédente, mais de pain… point !

Je repars en courant vers la maison.

« Lionel ! Le pain n’est pas dans le garage. »

« Ah » marmonne Lionel, le nez dans son journal. Cela m’exaspère qu’il soit si loin des préoccupations des autres. Mais pourquoi ai-je épousé un tel égoïste ?

Je fouille encore dans le placard. Peut-être qu’il a glissé derrière ? Zut ! Je suis trop petite pour atteindre le fond.

Pendant que je vais chercher l’escabeau, je repense à ce vendeur qui nous a dit d’un ton sentencieux que nous allions nous repentir si nous ne mettions pas de meuble haut. Et bien maintenant, je regrette de les avoir achetés, tout ça pour en finir au plus vite, avec ces rendez-vous pompeux dans un magasin blingbling.

Je fus bien dépitée de voir que le pain ne s’y trouvait pas. J’en profitais pour retirer les emballages vides laissés par Damien. Ce grand dadais n’a aucun mal à atteindre le fond du placard, mais il semblerait que la poubelle : oui !

Mais où est passé ce fichu pain ? Je regarde l’heure. 11h30. Sabine et sa famille arrivent dans 2 heures. Adieu l’écriture et le petit-déjeuner, je dois me mettre au repas maintenant si je veux que ce soit prêt.

Je vais commencer par le rôti. J’ouvre le réfrigérateur et tombe nez à nez avec le pain que j’ai cherché en vain depuis ce matin. J’explose !

« Mais qui a mis le pain dans le frigo ? »

Lionel sursaute en m’entendant vociférer et Damien descend en courant.

« Mais Maman c’est quoi l’embrouille ? »

« L’embrouille ? L’embrouille ? C’est que, pour une fois, une malheureuse fois, je veux me faire des tartines, pas un truc extraordinaire, une action démesurée, juste des tranches de pain grillées. Et je ne peux pas, parce que vous ne rangez jamais vos affaires ! Vous n’en avez rien à faire des sentiments des autres ! Vous êtes des égoïstes et des fainéants, je ne peux même pas me faire un petit-déj un dimanche ! J’en ai assez de cette maison et d’être tout juste bonne à faire les courses, les repas et le ménage ! »

Je m’arrête de hurler, car je suis hors d’haleine. Mes yeux lancent des éclairs et mes tempes tambourinent.

« Maman tu as fini ton cirque ? » Damien m’exaspère en gardant son calme « le pain c’est moi qui l’ai rangé hier ».

Cette fois, je sors de mes gonds

« Mais pourquoi dans le frigo ? Andouille ! » J'ai une envie folle de le frapper.

« Parce que tu me l’as demandé ! La dernière fois, il avait moisi dans le garage »


A très bientôt - Bises de Nath

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